WhatsApp, la tentation d’un quotidien sublimé

avril 2025

Prions pour que l’utilisation des nouvelles technologies ne remplace pas les relations humaines, mais respecte la dignité des personnes et aide à affronter les crises de notre temps.

Dans notre vie moderne, les nouvelles techniques de communication ont pris une importance considérable. Nous pouvons écrire, téléphoner, appeler en visio, communiquer à plusieurs dans des groupes WhatsApp, envoyer des photos, des vidéos et ainsi avoir l’impression d’abolir la distance et le temps. Pour autant est-ce plus facile d’échanger en vérité, de dialoguer, de garder le lien ?

Depuis trois ans, Anaïs et Arnaud et leurs six enfants habitent en Guyane, à 7000 km et cinq heures de décalage horaire de leur mère et grand-mère Mia.
Comment entretenir les liens familiaux et amicaux ? Chaque génération témoigne ici et partage sa technique favorite.

 

La grand-mère, Mia

Au début, nous faisions des visios. Mais les petits-enfants étaient trop jeunes et gigotaient tellement à l’écran qu’on ne pouvait rien se dire. Alors j’ai pris l’habitude de leur fabriquer des cartes postales individuelles une fois par mois. Cela m’obligeait à trouver ce qui peut intéresser chacun.
Je ne boude pas mon plaisir de les voir de temps en temps sur des vidéos WhatsApp car ils changent vite. Cela me les rend présents.
Avec les trois aînés, nous avons repris les visios : les délais postaux sont vraiment longs !
Avec les parents, WhatsApp a pris progressivement une place de plus en plus importante. Par le groupe familial, un message parvient à toutes les familles. C’est pratique et rapide. Mais à l’occasion d’un évènement, je me suis aperçue que nous avions délaissé les contacts individuels, que mes enfants communiquaient peu entre eux et qu’il était facile de passer à côté de difficultés, voire de se sentir isolé.

 

Les parents, Anaïs et Arnaud

Rester en contact demande un temps considérable. Et pourtant, c’est indispensable.
Avec les enfants en bas âge, nous n’avons pas vraiment le temps d’écrire, mails ou courriers.  Téléphoner demande moins d’énergie au quotidien et nous permet un lien individuel.
Les visios ne nous sont pas indispensables. Nous changeons peu physiquement ! C’est même parfois un peu bloquant, intrusif. Les émotions nous arrivent en direct et on peut se sentir impuissant surtout en cas de tristesse, de pleurs.
WhatsApp permet d’envoyer des informations très rapidement, de partager une anecdote ou une vidéo amusante des enfants. Mais cela a ses limites. Ce sont souvent des nouvelles un peu impersonnelles, surtout dans les groupes. On est tenté de partager un quotidien un peu sublimé. Qui ferait un message pour une journée banale ou même un peu ratée ? Cela peut donner une idée fausse de la réalité ou l’impression que la vie des autres est bien plus intéressante que la sienne.
Et puis sur WhatsApp, on est plus souvent dans la réaction que dans la réflexion ou l’échange. Il y  a quelque chose de compulsif. On reçoit un message, on réagit très vite. On attend la réponse donc on consulte souvent son téléphone et de fil en aiguille, sans s’en rendre compte vraiment, on passe de plus en plus de temps sur son téléphone. Nous essayons d’être attentifs à cela pour ne pas être happé au quotidien.

 

Les petits-enfants

Ce qu’ils préfèrent, c’est le courrier traditionnel, enveloppe et timbre, et tant pis si les délais postaux sont parfois longs !

Sibylle, 13 ans
Ce que j’aime quand j’écris une lettre, c’est prendre le temps pour penser à ce que je vais dire. On peut customiser sa lettre, la personnaliser et envoyer des petits objets. Avec WhatsApp, l’avantage c’est qu’il n’y a pas de délai comme avec le courrier. On se parle au présent.

Abigaël, 9 ans
Tu es heureuse de recevoir une lettre. C’est quelque chose qui reste. Tu peux la relire et la garder.
Et sinon, je préfère les visios au téléphone parce que quand je vois la personne, je l’écoute mieux.

Zacharie, 11 ans
Le courrier, c’est comme une chaîne : comme tu es content de recevoir une lettre, tu as envie de répondre pour faire plaisir à l’autre. Les mails, c’est bien pour remercier vite fait mais c’est moins bien qu’une lettre.

 

Rapidité et facilité, voici ce qui séduit dans les nouveaux moyens de communication au risque d’une certaine superficialité. Or comme le rappellent ici les plus jeunes de la famille, communiquer requiert de prendre du temps, de penser à la personne à laquelle on s’adresse. Ce n’est ni l’instantanéité, ni le nombre de messages qui abolit le mieux la distance mais c’est l’investissement personnel et la profondeur de la parole échangée qui vont nourrir la relation pendant ces longs mois. Comme le dit Arnaud, « il est important de ne pas se laisser embarquer dans une seule pratique » mais de s’arrêter pour s’interroger sur ce que l’on dit de soi à chacun et comment.

Et par-dessus tout, au-delà de toutes ces prouesses technologiques, pour toutes les générations, rien ne remplace de se voir en vrai. Tous, ils attendent l’été et les retrouvailles avec impatience !

Mia et sa famille, pour le Réseau Mondial de Prière du Pape France

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